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104 pages — 21 × 26,5 cm
bichromie, couverture cartonnée
collection Amphigouri

ISBN 9782350650289
22 €
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Les images volées

Un couple bourgeois, un artiste photographe et une comédienne, voit ses fantasmes sexuels et sa vie tranquille dérangés par le cambriolage de leur appartement et le vol d’une série de photos.

Mylène Lauzon vient scruter l’itinéraire et les pensées troubles de personnages que Thierry Van Hasselt porte maintenant depuis plus de dix ans, lorsqu’il livrait les différents chapitres de Jean et Denise à la revue Frigobox. 

Les mots viennent découper au scalpel les images mises en scène au crayon graphite. Récit d’une intimité retournée, Les images volées est aussi une autopsie de la fascination de l’image.

« Ne me regarde pas, comme moi, regarde les photos ». Dans Les Images volées, Thierry Van Hasselt et Mylène Lauzon entreprennent le récit d’une histoire triviale, celle d’un petit couple bourgeois chez qui un voisin s’introduit un soir pour voler leurs photos. Ce dernier, riche de son nouveau butin, entreprend alors de raconter ce couple à sa manière, en brouillant les pistes narratives classiques pour tracer les sillons de son propre regard, troublé par ses désirs et ses fantasmes.

Jean et Denise mènent une vie organisée méthodiquement autour de quatre points cardinaux. «Les Rêves» laissent place au «Travail» auquel succèdent les «Week-ends», suivis des «Lendemains», dans un ordre immuable, de chapitre en chapitre, comme quatre saisons. Leurs préoccupations artistiques, leurs désirs d’adultère, de fuite et surtout leur ennui sont tour à tour méthodiquement rangés dans cet implacable emploi du temps.

Jean, photographe, et Denise, comédienne, pratiquent des professions artistiques qui leur permettent de modeler le réel. Jean collecte des traces de sa vie quotidienne, et Denise, grâce au théâtre, se rejoue, déplace les affects et change de rôle. Le narrateur s’immisce peu à peu, d’abord dans le Prologue, puis entre les chapitres, toujours entre «Travail» et «Week-end». Il ouvre une à une les boîtes de photos, freinant ainsi le rythme régulier de ces enchaînements, pour le laisser s’emballer lorsque qu’il disparaît. 
Le cambriolage de l’appartement est annoncé dès le début des Images volées, dans le prologue. L’immersion physique dans la vie de Jean et Denise fait écho à la manipulation narrative que le voyeur orchestre sur l’histoire du couple. La description de son arrivée dans l’appartement est aussi celle d’une prise de possession physique des lieux. Il passe par les toits, maltraite la porte et fouille leur intérieur pour vider leurs tiroirs et trouver les photos de Jean. La violence de cette intrusion est soulignée par la valeur affective du butin, témoin de l’intimité du couple et travail artistique du photographe.
Le narrateur pourrait tout aussi bien être considéré comme un reflet trouble du personnage de Jean. Le cambriolage a pour fin le mode de subsistance et de représentation sociale de ce dernier, ainsi que les traces de sa vie. En les possédant, le voyeur s’accapare une partie de son histoire.

Le lecteur peut, au su de l’espionnage pratiqué par le voyeur, imaginer que celui-ci vit en face de chez Jean et Denise, au même étage. Cela donne au voyeur une position spatialement symétrique à celle de Jean, et cette impression est renforcée par le désir que le voyeur porte à Denise. La femme se situe entre les deux hommes et cherche chez l’un le désir que l’autre lui porte. Les gestes de lassitude de Jean font écho aux tentatives de séduction du voyeur. Il désire Denise avec les yeux de Jean par le biais des photos qu’il a prises. Entre ses mains, Denise est sublimée et réinventée. Cette position centrale met Denise à mal, elle cherche la fuite tout au long du récit.

Possesseur des images, le voyeur a le pouvoir démiurgique de s’approprier le récit et d’y trouver sa place. Il s’infiltre dans l’emploi du temps du petit couple bourgeois et raconte leur histoire. Le destinataire de ce récit semble être une femme, peut être un écho sublimé du personnage de Denise. Imaginaire ou réelle, cette compagne le caresse selon ses injonctions et écoute l’histoire. Le récit a une forte vocation masturbatoire pour le narrateur, qui le recompose au gré de ses fantasmes.
Ecrit par Mylène Lauzon, le texte est saccadé et traduit le souffle court et le désordre de ses idées en emmêlant tons, syntaxe, propos et destinataires. Ce désordre syntaxique répond à l’ordre arbitraire des images. Les descriptions des boîtes, intercalées entre travail et week-ends expriment les désirs troubles du narrateur. L’interprétation du contenu de certaines photos passe de l’objectif au subjectif (je voudrais bien être une maman p.42, photo 25 boîte 2) et laisse s’échapper des phrases sans contexte, comme des bribes de l’inconscient.

Au point de vue du voyeur et des photos qu’il regarde, s’ajoute d’autres regards. Ceux de Denise et Jean, ainsi que celui omniscient, des deux auteurs. Thierry Van Hasselt et Mylène Lauzon laissent le choix au lecteur de distinguer les images volées de celles qui ne le sont pas, et de deviner qui voit quoi, et quand. Dans ce jeu de regards s’ouvre un autre récit, celui d’un lecteur narrateur de ce qui se déploie sous ses yeux.

Entretien
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