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Modo Quid : Enquêtes posthumes

Jean-Christophe Long

134 pages — 21 × 26,5 cm
quadrichromie, n&b — couverture
souple — collection Amphigouri

ISBN 9782930204253
22 €

Jean-Christophe Long, sur Modo Quid

par Olivier Deprez

Peux-tu me raconter la naissance de Modo Quid ? 

Oui, mais que raconter ?

Comment la gravure s’est-elle imposée ?

A St-Luc en dernière année, je ne savais que faire. La seule chose qui me donnait envie était (à part la masturbation) de pratiquer la gravure sur bois et en couleur, s’il vous plaît.

La linogravure et la xylogravure se sont imposées à moi, presque par nécessité. Il me fallait améliorer mon dessin, mou et sans attrait, mort-né. Cette gravure a tout vampirisé d’un coup ; je me suis sent i supérieur à mon acte. Il y a un côté S.M., penser à l’envers, creuser, jouer avec le hasard des « erreurs », imprimer… Puis miracle et jouissance ou désespoir. Et puis tout recommence…
Modo Quid est né dedans, il est un enfant de la gravure… Il la subit, elle le modifie, il vit par le geste de la découpe. D’ailleurs mes histoires ont besoin de la gravure, c’est elle qui permet le décalage et l’absurde.

Différents genres se mêlent dans cette narration. Quel est le genre qui prédomine ? Est-ce du polar déconstruit, un polar métaphysique ?

J’appuie sur le buzzer. Je choisis plutôt le polar métapatatophysique… Construction au jour le jour, genre existence intérieure.

Je suis tombé, par hasard, sur un article qui parlait du roman J’étais Dora Suarez de Robin Cook. Une histoire très glauque d’un tueur en série. Bon sang ! Mais c’est bien sûr, je vais raconter les aventures d’un flic qui trempe dans l’étrange. J’insiste sur trempe, oui le liquide est un élément capital, conscient et inconscient… Retour à maman peut-être. 

Pourquoi ce passage de la couleur au noir et blanc ?

Le noir et blanc s’est imposé par nécessité. Dans les Frigobox, c’était de rigueur, à cause du coût. Et puis une histoire de flic, ça se raconte en noir et blanc, à la hollywoodienne quoi…!

C’est un hommage aux auteurs classiques, le passé en noir et blanc, le présent en couleurs (…rires !).
Mais ces couleurs sont particulières, je ne suis pas coloriste (je suis légèrement daltonien), cette restriction des couleurs les implique plus dans la narration. La superposition joue beaucoup ; il y a peu de couleurs… Cela entraîne un résultat surprenant. C’est une sorte de guidance aléatoire, imposée par la technique « une plaque gravée = une couleur…» 

Est-ce une histoire belge ? Je songe ici au surréalisme belge et à sa descendance ?

Je pense m’inscrire dans une tradition, mais sans le vouloir. Sauf les jeux sur le langage, à la belge, je ne me sens pas attiré par les surréalistes. Sincèrement, pour me contredire, je refuse d’être inscrit dans un carcan frontalier à notre époque… de mondialisation.

L’ennui est-il l’impulsion initiale de ton travail créatif ? 

A la base de mon travail se trouve l’ennui. Modo Quid est né dans mon ennui, cet instant où tu as envie de faire quelque chose, mais quoi ? Et lui, comme un super-héros, il arrive et paf, coups de poings et voilà « l’idée » (comme dans une bonne bd d’humour).

Quel rapport as-tu avec la bande dessinée actuelle ? Que lis-tu ?

Je lis très peu de bd. Je n’ai pas une bédéthèque fournie, quelques indépendants, les publications des grosses maisons d’édition ne sont pas très attrayantes. Des auteurs comme Altan, Pierre La Police me font rire, l’universalité de Breccia m’impressionne, Barbier évidemment… Et il y en a d’autres (et j’ai la flemme d’écrire). L’influence vient surtout de gens comme Burroughs, Cook (l’anglais), les frères Cohen, les Monty Python, Tex Avery et surtout, surtout les romans-photo des télénovelas (un des sommets de l’humour et de philosophie de la vie…)

Quel est le rôle des animaux dans le récit ?

Ils y tiennent la vedette, Modo n’est plus qu’un faire-valoir. Ils sont le fil conducteur des pages, l’âme du récit. L’esprit de Modo est dans celui des animaux, pourquoi mange-t-il des poissons, hein ???

Réminiscence de mon enfance, lorsque je regardais le Jardin Extraordinaire, les Animaux du Monde ou encore Trente Millions d’Amis…

Une partie du livre est parue dans la revue Frigobox en feuilletons. Cette logique de feuilleton est-elle le principe d’organisation du livre ?

C’est devenu le principe d’organisation du livre. Je voulais continuer le système existant dans Frigobox. C’est une réussite aussi grâce au travail de production de Denis Deprez…

Veux-tu ajouter quelque chose ? 

Oui, en parlant de production, ce livre est, ne l’oublions pas, gravé de bout en bout (textes…) ce qui est, me semble-t-il, une facilité et un gain primordial dans la lecture du récit.