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134 pages — 21,5 × 26,5 cm
quadrichromie — couverture
cartonnée — collection 
Amphigouri

ISBN 9782930204413
19 €

Lycaons

France, 1979. Encore dans les jupes de nos mères, nous découvrions à peine les joies rassurantes de la bonne BD franco-Belge. Nous ignorions que la déflagration venait d’avoir lieu. Quelque part dans les pyrénées un zarbi aux cheveux rouges et au tee-shirt léopard venait de publier le livre-virus.

Lycaons, œuvre moderne et vénéneuse n’invente pas seulement la couleur directe, elle renouvelle en profondeur les exigences du genre. Elle aurait du balayer de sa puissance dévastatrice les derniers préjugés juvéniles qui collaient à la bande dessinée. C’était sans compter sur la puissance des conservateurs de l’ordre narratif. Aujourd’hui, ce livre fondateur de l’esprit trouble du Frémok est réédité par nos soins, augmenté de trois précieux récits parus unique ment dans Charlie dont l’importance ne saurait échapper aux lecteurs avisés. Lycaons retourne enfin sur les tables des libraires ! On va pouvoir commencer à parler de nouvelle bande dessinée….

… Grâce à cette réédition, une nouvelle génération va pouvoir lire Lycaons et se laisser envoûter par ce livre qui n’a rien perdu de sa puissance. Elle y trouvera un peu de politique, un peu de fantastique, un peu de défonce, beaucoup de sexe (surtout entre garçons), et des décors de banlieue américaine, d’étendues désertiques, de maisons borgnes, d’intérieurs de bagnoles et de chambres à coucher. L’œuvre, adulte résolument, d’un artiste qui a fait son livre sans concession d’aucune sorte, avec une confiance remarquable dans la bande dessinée comme moyen d’expression susceptible de véhiculer, aussi bien qu’un autre, une poétique et une fantasmatique personnelles.

Publiées la même année qu’Arzach, le célèbre récit muet de Moebius, les premières planches de Barbier ont participé à l’irruption d’une pratique nouvelle dans la BD française, celle de la couleur directe. Précurseur sur le plan technique, l’auteur de Lycaons s’affirmait aussi d’emblée comme un formidable dynamiteur de codes : ici pas de blanc entre les images, pas de bulles (sauf celle prononcée par " l’homme qui parle comme dans les bandes dessinées " !), une voix narrative omniprésente, un récit troué, déconstruit, des personnages aux identités floues, des pages fréquemment réduites à deux images. Barbier avait quelques longueurs d’avance sur l’avant-garde graphique des années quatre-vingt-dix. En imaginant "un virus qui se colle aux gens par l’acte sexuel", il signait aussi, malheureusement, une douloureuse prémonition.
Comme tout ce que Barbier dessinera plus tard – les artistes hantés par un univers obsessionnel font toujours plus ou moins le même livre – Lycaons reste une œuvre inclassable, dérangeante, sulfureuse, hypnotique. Ce ne sera jamais un classique. Et c’est tant mieux.

Thierry Groensteen 
(extrait de la préface à la réédition de Lycaons)

Entretien
Sur Lycaons

Du même auteur aux éditions FRMK
Dernière bande — 2014
Le Dieu du 12 — 2011
Pornographie d'une ville (Lettres au maire de V., vol.3) — 2006
Lettres au Pair de F — 2006
Autoportrait du vampire d'en face (Lettres au maire de V., vol.2) — 2000
Lettres au maire de V. — 1998
De la chose — 1997