96 pages — 16 x 22 cm
impression quadrichromie
Couverture cartonnée
ISBN 9782390220664Qui mange des couteaux - nouvelle édition
Qui mange des couteaux est le premier livre de Zoé Jusseret, aujourd’hui épuisé. Publié dans la collection Flore en 2016, il s’ouvre sur un élevage de porcs, qu’élève une patiente mère nourricière. Leur avidité conduit à une première amputation...
Sous les traits d’un squelette voyeur s’accaparant les corps, une violence sourde s’installe dans le quotidien. À une fête, dans l’intimité d’un appartement, dans un lit partagé, la douleur et la mort rôdent, guettent les corps.
« Dans Qui mange des couteaux, il y a cette idée de se débarrasser des attributs féminins pour revenir à un être à part entière, libéré des contraintes imposées par le féminin. » Zoé Jusseret
Les personnages ont en commun de ne plus s’appartenir, de voir leurs désirs leur échapper, et le rapport des autres et d’elles-mêmes à leurs corps faire basculer le quotidien dans l’angoisse. La vie se poursuit au ralenti, une femme-escargot se remet lentement de ses blessures, un corps haï est à nouveau mutilé, une tête ne parvient plus à faire le lien avec son corps... Autour d’elles, la Mort rôde et collecte ces reliques.
Le corps devient le symbole de tous les maux de l’esprit, conduisant les protagonistes à s’en séparer par morceaux. Avec une force poétique incomparable, sans euphémisme aucun, le conte muet de Zoé Jusseret évoque la violence intrinsèque au patriarcat, ses multiples formes et leur silenciation.
En 2025, on a vu les monotypes de Zoé Jusseret se déployer en paysages merveilleux peuplés d’homme-machines, et deux fillettes se transformer pour entrer dans une colère dévastatrice dans Les Apprenties, récit en monotypes grand format qui répond avec espoir à Qui mange des couteaux. En fin d’année, Les Apprenties est dans la sélection officielle d’un festival qui n’aura pas lieu.
Aujourd’hui, nous republions dans un grand livre cartonné ce premier cri de colère silencieuse, état des lieux bref et direct de la violence qui pèse sur/meurtrit le corps des femmes dans le monde construit pour les hommes. Comme une initiation à la rage et à la nécessaire sororité des Apprenties, qui s’ouvre sur un féminicide, ce conte poétique et macabre allait naturellement déboucher sur une histoire de résistance chez Zoé Jusseret, dont les récits prennent le temps de germer et arrivent à point nommé.